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 André Gide, La symphonie pastorale

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Psychopatate
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MessageSujet: André Gide, La symphonie pastorale   Mar 12 Juin - 18:36

L’ouvrage surprend par sa minceur (en 140 pages, l’affaire est pliée) autant qu’il attire par son titre, beethovenien et champêtre. On y met le nez. On est accroché. Mais après lecture, ce bref récit, écrit en 1919 par un Gide déjà au sommet de sa gloire, reste tout aussi énigmatique. Un météore a passé dans le ciel, dont on ne sait au juste que penser.


Il s’agit de ce que l’on pourrait appeler le journal d’un pasteur de campagne (d’où aussi le titre, bien sûr) quelque part du côté de Neuchâtel à la fin du XIX° siècle. On voit ce que ça veut dire. Ou du moins on voyait, quand cela existait encore : les courses de village en village, en carriole, l’hiver comme l’été. Les naissances, entre le boeuf et l’âne. Les morts dans les fermes isolées par la neige. La famille, nombreuse de préférence, avec les enfants bien peignés qui parlent en baissant les yeux. Les silences à table, et l’Evangile lu à haute voix.

Un jour, la vie du pasteur est bouleversée par l’arrivée d’une jeune fille aveugle qu’il recueille et héberge chez lui (sa femme, qui trouve qu’il en fait trop, n’est pas vraiment d’accord). La jeune infirme a jusque-là vécu dans un dénuement extrême, matériel mais surtout intellectuel, et ne sait pour ainsi dire rien. D’ailleurs, elle ne parle même pas. Notre homme va se mettre en tête de lui apprendre le monde qu’elle ne peut pas voir, en le lui décrivant à l’aide d’un vocabulaire qu’elle ne possède pas et de comparaisons qu’elle ne peut pas comprendre, faute d’en connaître les éléments. Pas commode. Par exemple : pour donner l’idée du blanc, il faut imaginer, dit le pasteur, quelque chose de totalement pur. Pas de couleur, uniquement de la lumière. D’accord, dira-t-on, mais qu’est-ce au juste que la pureté en soi ? Et qu’est-ce que la lumière, quand on n’en a jamais vu ?

Gide ne s’étend pas sur ces difficultés. Il donne à Gertrude, la jeune élève, des qualités d’intelligence et d’imagination assez exceptionnelles. Et puis, il est comme son personnage, lorsque son fils le reprend sur des questions théologiques : il n’ergote pas. Son problème, c’est de mener l’expérience jusqu’à son terme, pour voir où elle va aboutir, et pour cela, il n’y a pas à s’encombrer de détails. Pas non plus à trop insister sur le monde environnant. Tout, dans cette courte histoire, tient de l’épure, et est à peine suggéré : la famille, quelques silhouettes croquées au fusain dans l’ombre de la maison (sauf un des fils, Jacques, qui a la tête particulièrement dure). Les champs et les forêts alentours, un décor vite esquissé dans lequel les saisons se succèdent ; la neige fond pour laisser place aux fleurs, puis à nouveau recouvre tout, comme dans un film en accéléré. Par quelques mots, quelques adjectifs au coin d’une phrase, on sent pourtant que le pasteur n’est pas insensible aux beautés du monde, et qu’il suffirait de peu pour qu’il se laisse aller ; mais il n’a pas le temps, il a son expérience à terminer. C’est un peu dommage.

Ce qui préoccupe Gide, ainsi que son personnage, plus que tout, c’est cette phrase de l’Evangile : "Si vous étiez aveugles, vous n’auriez point de péché". C’est elle sans doute qui est la clef du mystère. Cette idée de la lumière intérieure, qui permet d’y voir plus clair que des yeux en plein jour. Ce rejet du monde sensible, précisément, comme porteur d’égarement. Très certainement aussi, en filigrane, l’opposition entre eros et agapè, amour charnel et amour fraternel. Pas très neuf, tout ça, mais tout est dans la manière d’agencer les choses, de tendre le ressort de l’hélice qui va faire avancer l’histoire vers son but.

Et puis, évidemment, tout est affaire de style. Gide écrit à la pointe sèche, raffinée et précise. Pas un mot de trop. Une syntaxe qu’on dirait invisible, tant elle est claire, comme de l’eau de roche. Avec juste, de loin en loin, quelques formules qui font dresser l’oreille, qui grincent, mais agréablement, on dirait la serrure d’un vieux meuble. On en aurait bien repris quelques pages de plus. On aurait bien accompagné Gertrude encore un peu. Mais le temps était compté, c’est la vie ; une étoile a filé dans le ciel.

Source : www.critiques-ordinaires.ouvaton.org


Mon Avis : Je trouve ce livre très marquant autant d'un point de vue stylistique que du point de vue de l'intrigue. Il s'agit là de la vision du monde d'une jeune fille aveugle, la cessité étant au coeur de l'ouvrage. A lire absolument !

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«Et l'Ange diaphane en moi répond "non" tout en se disant que les anges sont des cons....» Pennac.
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